Sasha, 20 ans, s’est lancé un défi solidaire pour SOS MEDITERRANEE. Il a décidé de rallier Paris à Moscou à pied sans un sous en poche pendant la Coupe du monde de football en Russie. Son objectif : financer une journée en mer pour l’Aquarius, soit 11 000 euros. De retour en France, il témoigne de son expérience extraordinaire. « Get him to Moscow »

Tout a commencé il y a deux mois, quand je me suis retrouvé coincé sans argent à Carthagène, en Colombie. J’avais cinq jours pour rallier Medellín, et toutes les personnes que j’ai croisées sur ma route ont été si aidantes, que je me suis dit qu’il faudrait retenter l’expérience. En parallèle, je voulais absolument utiliser le cadre de la Coupe du monde en Russie pour monter un projet solidaire. […] Et voilà, un soir, en buvant un verre avec un ami, j’ai eu l’idée de faire cette marche solidaire pour SOS MEDITERRANEE que je suivais depuis sa création en 2015.

L’idée était simple, l’objectif, clair : Amasser 11 000 euros pour SOS MEDITERRANEE, soit le financement d’une journée en mer pour l’Aquarius. Et me voilà, un mois plus tard, de retour à bon port, à Marseille ! Entre-temps, j’aurai traversé neuf pays, parcouru 4 428 km en stop, j’aurai rencontré des réfugiés comme Safe, ce jeune Iraqien de 23 ans au témoignage poignant. En 30 jours, j’aurai traversé l’Europe, j’aurai fait des rencontres inoubliables, je serai allé chercher en moi des ressources insoupçonnées… Et grâce à mes sponsors et aux soutiens de citoyens européens sur ma page HelloAsso, j’aurai pu réunir près de 6000 euros pour SOS MEDITERRANEE.

Le moment le plus difficile

Mais « Get Him to Moscow », c’était avant tout une expérience humaine. Je me rappelle comme si c’était hier ce 25 juin. C’était sans aucun doute la plus dure journée du périple. Alors que j’étais parti le matin même de Prague le ventre vide, je me suis retrouvé sur une aire d’autoroute, seul avec un chauffeur tchèque qui m’a poussé violemment en apprenant que je faisais tout cela pour une association qui venait en aide aux personnes réfugiées… Le soir même, je m’endormais dans mon hamac, en me protégeant comme je le pouvais du froid et de la pluie torrentielle sous un arrêt de bus qui fut ce soir-là mon arche de Noé. Je n’avais toujours rien avalé… Et puis je me souviens aussi de ce policier polonais qui m’a accueilli chez lui à bras ouverts, et de sa femme qui me répétait que « quand un invité entre chez elle, c’est comme si Dieu était dans sa demeure ».

En un mois, j’ai dormi chez un millionnaire polonais, j’ai fait un enterrement de vie de garçon, j’ai dansé sans raison sur le bord de l’autoroute en riant, j’ai pleuré, j’ai connu la faim, la solitude, et je suis arrivé à Moscou avec le sentiment d’avoir relevé un défi et surtout d’avoir permis à cette association de pouvoir poursuivre sa mission vitale de sauvetage en mer Méditerranée centrale, l’axe migratoire le plus mortel au monde.

« Ils ne demandent que le droit de vivre »

Trop souvent, on parle de la crise des réfugiés comme on lirait une fiche de révisions. On parle de chiffres, d’emplois, de statistiques absurdes… Mais au bout du compte, on parle là de personnes. De gens comme vous et moi. D’hommes, de femmes et d’enfants qui ne demandent qu’une seule chose : le droit de pouvoir se construire un avenir loin de la violence et de toutes les horreurs qui minent leur quotidien.

Je suis convaincu que dans 50 ans, on regardera cette crise migratoire comme une honte en Europe, et je ne veux pas faire partie de cette indifférence générale qui règne dans tous les pays où je suis passé.

Parfois, on me demande ce qui m’a poussé à entreprendre ce défi un peu fou. Déjà, un goût pour l’aventure et pour le challenge. Mais par-dessus tout, j’avais envie d’agir pour les réfugiés. Je ne pouvais pas rester là, les bras croisés, pendant que des hommes, des femmes et des enfants se noient aux portes de l’Europe. Je suis convaincu que dans 50 ans, on regardera cette crise migratoire comme une honte en Europe, et je ne veux pas faire partie de cette indifférence générale qui règne dans tous les pays où je suis passé.

Mais que ce soit pour les personnes migrantes ou pour n’importe quelle autre cause, j’encourage les jeunes de partout, et tous les autres aussi, à s’engager. Il y a trop de choses à faire, tout un monde à repenser pour ne pas mettre nos énergies au service de projets qui ont vraiment un sens pour nous. Nous sommes une génération de changement, et il est temps d’être à l’écoute de ce que notre cœur nous enseigne, de ne pas subir sa vie mais plutôt de la choisir.

J’ai besoin de vous, parce qu’ils ont besoin de nous.

Merci pour eux.

Sasha

Vous pouvez aussi retrouver les photos et vidéos de son aventure sur son compte Instagram ou Facebook.