« Sauveteurs et témoins : notre présence est plus que jamais nécessaire en Méditerranée »

Ce samedi 3 mars, l’Aquarius, affrété par SOS MEDITERRANEE et opéré en partenariat avec Médecins Sans Frontières (MSF), a accueilli à son bord 72 survivants secourus par un navire marchand au cours de deux opérations tragiques en Méditerranée centrale. Quelques heures plus tôt, l’Aquarius avait été témoin direct de l’interception d’un canot en détresse dans les eaux internationales par les garde-côtes libyens.

72 survivants, de nombreux disparus

Parmi les 72 naufragés transbordés vers l’Aquarius samedi soir, 30 avaient été secourus la veille d’un canot en bois en train de couler et 42 autres ont sauté d’un canot pneumatique qui a ensuite été intercepté par les garde-côtes libyens, à 53 milles marins des côtes libyennes, dans les eaux internationales. Tous ont été sauvés par le navire marchand chypriote MV Everest.

Selon les témoignages des survivants recueillis à bord de l’Aquarius, de nombreuses personnes manquent à l’appel : 21 personnes, dont au moins une femme enceinte, se seraient noyées dans le naufrage du canot en bois et environ 90 ont été remmenées en Libye par les garde-côtes libyens, qui ont intercepté le canot pneumatique à bord duquel se trouvaient environ 130 personnes dont des femmes et des enfants.

Les naufragés recueillis à bord de l’Aquarius sont originaires de 12 pays différents, principalement d’Afrique de l’Ouest (Nigeria, Guinée-Conakry, Gambie, Ghana…), mais aussi du Soudan du Sud et du Soudan. Parmi eux, 3 femmes dont une est enceinte, et 14 mineurs, tous non accompagnés. Certains survivants montraient des signes d’épuisement physique, après avoir passé des mois voire des années en détention en Libye, mais aussi après une traversée en mer traumatisante.

« Nous étions 51 personnes sur le canot en bois. Mais quand les gens ont paniqué dans la nuit et que le canot a quasiment chaviré, des personnes sont tombées dans l’eau. Il y avait 5 femmes à bord, 4 se sont noyées, dont une femme enceinte. Moi, j’ai perdu mon frère, il est mort » a expliqué un jeune rescapé gambien aux volontaires de SOS MEDITERRANEE.

Interceptions

Quelques heures avant d’accueillir ces 72 naufragés à bord, samedi, l’Aquarius avait été mobilisé par le centre de coordination des secours de Rome (IMRCC) pour rechercher une embarcation en détresse dans les eaux internationales, à l’est de Tripoli. Lorsque l’Aquarius est arrivé à la position indiquée par un avion de l’opération EUNAVFORMED à 42 milles marins des côtes libyennes, l’embarcation était en train d’être interceptée par les garde-côtes libyens, qui ont décliné l’offre d’assistance des sauveteurs et médecins de l’Aquarius. Les passagers de l’embarcation, dont des femmes et des enfants, ont été remmenés en Libye.

Dimanche matin, alors que, suivant les instructions du Centre de coordination des secours de Rome (IMRCC), l’Aquarius cherchait un nouveau canot en détresse à l’ouest de Tripoli hors des eaux territoriales libyennes, une vedette des garde-côtes libyens s’est approchée à grande vitesse de l’Aquarius, suivant une trajectoire de collision dangereuse et non-conforme au code de la navigation, sans répondre aux appels radio de l’Aquarius. Le patrouilleur libyen a ensuite changé de trajectoire, s’est de nouveau approché, puis a ordonné à l’Aquarius avec agressivité, via radio, de s’éloigner, tandis que l’Aquarius l’informait conduire une opération de recherche suivant les instructions du MRCC Rome. Les garde-côtes libyens ont plus tard déclaré prendre en charge la coordination de l’opération de recherche du canot en détresse.

« L’Aquarius, seul bateau de recherche et sauvetage présent dans la zone samedi et dimanche a été impliqué pendant vingt-quatre heures dans des opérations de recherche complexes, réparties d’est en ouest, sur une distance d’environ 120 milles marins. La carence d’un dispositif de sauvetage adéquat a encore une fois eu un coût élevé en vies humaines : au moins 21 personnes se seraient noyées faute d’avoir été repérées et secourues à temps, et nous sommes sans nouvelles d’un bateau en détresse signalé dimanche matin. Enfin, le comportement dangereux et illégal d’unités des garde-côtes libyens ne fait qu’accentuer encore la dangerosité de cette zone de mer, déjà la plus meurtrière au monde » a déclaré Nicola Stalla, le coordinateur des opérations de sauvetage de SOS MEDITERRANEE.

L’Aquarius fait désormais route vers le nord pour le débarquement des 72 naufragés dans un port sûr en Italie.

« Des scénarios inacceptables se répètent et s’aggravent depuis plusieurs mois au vu et su d’autorités européennes trop sourdes aux appels de solidarité de l’Italie. Loin de combler les manques de ressources afin d’empêcher que de nouveaux drames ne se produisent, l’Europe laisse s’installer la plus grande confusion dans la zone de recherche et sauvetage au large des côtes libyennes. La conséquence en est la perte de nouvelles vies humaines et le retour vers l’enfer de ceux qui cherchaient à le fuir. Sauveteurs et témoins : notre présence est plus que jamais nécessaire en Méditerranée », a déclaré Thomas Bischoff, président de SOS MEDITERRANEE Suisse.

Photo : Hara Kaminara / SOS MEDITERRANEE

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À propos de SOS MEDITERRANEE, association européenne de sauvetage en mer Méditerranée

SOS MEDITERRANEE est une association fondée en 2015 par un groupe de citoyens européens, décidés à agir face à la tragédie des naufrages à répétition en mer Méditerranée.

L’association est apolitique avec un seul impératif : sauver des vies en mer. Grâce à une mobilisation exceptionnelle de la société civile européenne, SOS MEDITERRANEE a affrété un navire de 77 mètres, l’Aquarius, et a débuté les opérations de sauvetage fin février 2016 au large des côtes libyennes, permettant de secourir 11.261 personnes en 2016 et déjà 14.385personnes en 2017, soit 25.646 personnes secourues au total.

Chaque jour en mer coûte 12.000 CHF afin de financer la location du navire, son équipage, le fuel, et l’ensemble des équipements nécessaires pour prendre soin des réfugiés. L’association lance un appel à soutien et à mobilisation auprès de tous les acteurs de la société civile: particuliers, ONG, fondations, mécènes, entreprises et pouvoirs publics, pour lui donner les moyens de poursuivre ses opérations, 98% de son budget en 2016 étant couvert par des dons privés.