De retour en mer. Arrêté dans le port de Marseille depuis le 30 juin, l’Aquarius se prépare à regagner la Méditerranée centrale et à reprendre sa mission de sauvetage. Les équipes ont mis à profit ces semaines d’arrêt pour procéder à d’importantes améliorations à bord et réajuster la stratégie opérationnelle de SOS MEDITERRANEE. Bien que porté par un exceptionnel soutien de la société civile européenne, l’Aquarius demeure l’un des derniers navires humanitaires actifs en Méditerranée, et opère dans un contexte toujours plus incertain.

GENEVE, 1er août 2018 – Deux ans et demi après avoir appareillé pour la première fois du port de Marseille, l’Aquarius, navire de sauvetage, affrété par SOS MEDITERRANEE et opéré en partenariat avec Médecins sans frontières (MSF), regagnera la Méditerranée centrale ce mercredi 1er août 2018 en fin de journée.

En dépit du durcissement du contexte opérationnel observé ces derniers mois, compliquant considérablement la tenue des interventions humanitaires en mer Méditerranée, les équipes de SOS MEDITERRANEE restent convaincues qu’aucune alternative n’existe au sauvetage de vies en détresse en mer. Selon ce principe, ancré dans la tradition maritime, il est du devoir de tout marin de ne laisser personne mourir en mer.

Près de 30.000 vies sauvées en deux ans et demi d’opérations

Depuis son départ du port de Marseille en février 2016, l’Aquarius a sauvé 29.318 hommes, femmes et enfants de la noyade, dont 2.979 depuis le 1er janvier 2018.

« La tragédie humanitaire en mer se poursuit à notre porte, alors que l’échec de l’Union européenne à y faire face se déroule sous nos yeux : plus de 1.100 personnes sont mortes en Méditerranée centrale depuis début 2018. Près des deux tiers de ces décès – 721 – sont survenus depuis juin, alors que les unités civiles de sauvetage ont été empêchées d’opérer dans les eaux internationales au large des côtes libyennes », a déclaré Caroline Abu Sa’Da, directrice générale de SOS MEDITERRANEE Suisse.

Les développements récents sont une préoccupation majeure : la reconnaissance fin juin du Centre conjoint de coordination des secours (JRCC) libyen par l’Organisation maritime internationale (OMI), la fermeture des ports européens les plus proches aux ONG de recherche et sauvetage, les conclusions incohérentes du dernier sommet du Conseil européen -des 28 et 29 juin- et l’absence de plans concrets au niveau européen ont plongé les navires des ONG dans l’incertitude. Pour la première fois en plus de deux ans d’opérations ininterrompues au large des côtes libyennes, l’Aquarius a dû s’immobiliser pendant une période prolongée -plus de quatre semaines- afin de s’adapter stratégiquement et techniquement à ce changement radical de contexte.

Aménagement de l’Aquarius, renforcement juridique et transparence accrue pour faire face au nouveau contexte en mer

Alors que l’Aquarius reprend la mer ce soir, son cadre opérationnel reste fermement ancré dans les principes maritimes fondamentaux que les équipes ont toujours respectés : le sauvetage en mer est une obligation légale, les opérations de secours en mer sont coordonnées par un Centre de coordination (RCC) compétent, les sauvetages doivent être menés aussi rapidement et efficacement que possible par tout navire disponible, et les survivants doivent être débarqués dans le port sûr le plus proche. Tant que la Libye ne sera pas considérée comme un lieu sûr, l’Aquarius ne débarquera pas de rescapés dans les ports libyens. Après consultation d’experts juridiques, SOS MEDITERRANEE maintient que ces principes constituent une ligne de conduite qui respecte scrupuleusement tant le droit maritime qu’international.

La transparence a toujours été cruciale dans la mission de l’Aquarius, qui reprend la mer en tant que « sentinelle civile de la Méditerranée ». Pour mieux documenter et témoigner de toutes ses activités en mer, un journal de bord en ligne du navire sera lancé au moment du départ. Il sera entièrement accessible au public sur www.onboard-aquarius.org et mis à jour en temps réel.

Pour répondre à la complexité accrue des opérations de sauvetage, les équipes de SOS MEDITERRANEE ont procédé à des améliorations techniques : le navire est désormais équipé d’un nouveau canot semi-rigide pour plus d’efficacité et une capacité d’accueil accrue pendant les opérations de sauvetage. Enfin, si la navigation en haute mer devait se prolonger plusieurs jours en raison d’imbroglios politiques, l’autonomie alimentaire a été renforcée à bord et un container réfrigéré installé pour respecter la dignité des personnes décédées.

« Des missions humanitaires, comme celle de l’Aquarius, ont été déployées en Méditerranée centrale en 2016, portées par un principe fondamental, ancré dans la tradition maritime, selon lequel on ne peut sciemment laisser des êtres humains mourir en mer. Ce devoir supérieur des gens de mer n’est jamais discutable et nous ne le négocierons pas », rappelle Caroline Abu Sa’Da.

« Aujourd’hui, les équipes de SOS MEDITERRANEE et de Médecins sans frontières quittent Marseille comme au premier jour, avec la même conviction, confortées par le soutien de la société civile et de dizaines de personnalités européennes qui ont exprimé dans une lettre ouverte leur solidarité spontanée envers l’Aquarius, souligne Caroline Abu Sa’Da. Ce navire est devenu un symbole concret pour ceux qui, en Europe, placent les valeurs universelles du respect de la vie humaine, de la dignité et de la solidarité avant toute autre considération ».