TEMOIGNAGE – Basile, 29 ans, est membre de la SAR Team, l’équipe de sauveteurs de SOS MEDITERRANEE, depuis juin 2017. Le jeune Suisse, originaire de Genève, a embarqué pour sa quatrième mission et a déjà passé près de 30 semaines à bord de l’Aquarius. Une expérience qui a bouleversé sa vie, « pour toujours ». Rencontre.

« Il n’y a ni meilleur ni pire souvenir à bord de l’Aquarius. Chacun des moments vécus ici ont été tellement forts et tellement uniques, qu’il est impossible d’établir un classement. Sauver des vies en mer, ça change ta vie, pour toujours. Et pour être vraiment honnête, aujourd’hui, je ne voudrais être nulle part ailleurs que sur ce bateau ».

Originaire de Genève, en Suisse, Basile, 29 ans, est un des membres de la SAR Team, l’équipe de sauveteurs de SOS MEDITERRANEE à bord de l’Aquarius. Son premier contact avec une activité de sauvetage en mer remonte à son adolescence, au Pays de Galles, sur les bancs du United World College of the Atlantic, où il avait été sélectionné pour travailler avec la Royal National Lifeboat Institution sur le campus. Ce n’est que quelques années plus tard, après un diplôme en Sciences Sociales et un début de carrière dans les Sciences de l’Environnement qu’il a décidé de tout mettre entre parenthèse et de mettre ses compétences nautiques au service des milliers de personnes qui risquaient déjà leur vie en Méditerranée.

Un été, alors qu’il était installé et travaillait en Suisse, Basile a ainsi décidé de passer ses vacances à Lesbos, où il allait rejoindre un ami de sa « lifeboat team » de l’époque de l’Atlantic College, qui travaillait pour une ONG de sauvetage en Grèce. Cet ami n’était autre que Max, devenu par la suite deputy SAR coordinator de SOS MEDITERRANEE à bord de l’Aquarius. « J’étais conscient de la situation des réfugiés, contraints de risquer leurs vies pour arriver en Europe, j’avais vu énormément de photos… mais être témoin en première ligne c’était tout autre chose. Le fait de voir l’état catastrophique des embarcations pneumatiques à bord desquelles ces personnes tentent de traverser la Méditerranée, de lire ce désespoir profond dans leurs yeux, tout cela a rendu subitement la situation très réelle ».

La voix de Basile tremble légèrement lorsqu’il raconte la première fois qu’il a vu un bateau de réfugiés, témoin de l’intensité des émotions ressenties pendant cette première expérience qui a « bouleversé sa vie ». Juste après son premier sauvetage, il a eu la certitude qu’il ne pourrait plus jamais rentrer chez lui et s’asseoir derrière un bureau, alors que ses compétences auraient pu permettre de sauver des vies au même moment, en mer.

Basile a finalement rejoint l’équipe de SOS MEDITERRANEE en juin 2017.  L’Aquarius est rapidement devenu sa seconde maison. « J’ai énormément de chance que l’on m’ait fait confiance et que l’on m’ait confié une telle responsabilité. A bord de l’Aquarius on ne fait pas que sauver la vie de personnes qui fuient la terreur, mais nous le faisons en équipe, une équipe qui devient vite comme une famille ».

Le lien qui unit les membres de l’équipe de sauveteurs à bord semble parfois aller bien au-delà d’un lien qui pourrait être défini comme familial. « Nous partageons des moments si intenses qu’ils nous rapprochent profondément et naturellement. Ici nous côtoyons quotidiennement la vie et la mort, et cela remet tout en perspective. Nous n’avons pas le choix : nous devons nous faire confiance. Chacun doit savoir qu’il peut compter sur l’autre et cela fait partie de ce que j’apprécie le plus à bord. Nous venons tous d’horizons différents et nous avons tous des rôles différents au sein de cette « famille ». Notre vraie force réside dans ces différences ».

Au sein de l’équipe, la « SAR Team », à bord de l’Aquarius, Basile a d’abord été pilote de l’un des trois canots de sauvetage, avant d’en devenir chef de bord.  Il est amené à prendre des décisions pendant les opérations et il a la responsabilité de son canot et son équipage. « Pendant le sauvetage il n’y a pas de place pour la distraction. Il faut rester absolument concentré sur ce pourquoi nous sommes ici : sauver des vies. Chaque vie compte et mon seul et unique objectif est d’en sauver le plus possible ». Dès le moment où le SAR Coordinator annonce le début d’une opération, Basile se concentre à 100% sur le sauvetage et le reste jusqu’à ce que les RHIBS soient remontés sur l’Aquarius et que toutes les personnes en détresse quelques heures plus tôt soient enfin en sécurité.

« Il m’est arrivé juste une fois d’être déstabilisé pendant une opération, c’était le jour où nous avons secouru une femme qui venait d’accoucher au milieu de la mer ». Ce jour-là, l’Aquarius était intervenu sur de multiples opérations et le RHIB 2, dont Basile était le pilote, était le premier à s’approcher du bateau en bois à bord duquel se trouvaient la mère et son nouveau-né. « C’était incroyable, j’ai été subjugué par la force de cette femme lorsqu’elle a monté l’échelle seule, son bébé dans les bras, encore relié à elle par le cordon ombilical ». Des parents prêts à risquer leur vie et celle de leur enfant parce que c’est leur unique chance de survie. « Même s’ils survivent c’est une décision qui les marquera pour le reste de leurs vies ».

Si pendant les opérations de sauvetage il n’y a pas de place pour les émotions, pendant la navigation sur le retour vers un port sûr pour procéder au débarquement, Basile passe son temps sur le pont arrière du bateau, à distribuer de la nourriture et à jouer avec les enfants, à leur fabriquer des ballons avec des gants de latex ou des faux stéthoscopes avec des cuillères en plastique.

Au moment d’embarquer pour cette nouvelle mission, Basile confie, catégorique : « aussi longtemps qu’il y aura des personnes qui risqueront leur vie en mer, je serai là, prêt à leur tendre la main ».

Photo : Anthony Jean