Le Conseil fédéral a annoncé aujourd’hui son refus d’appliquer la clause d’exception de la loi sur la navigation maritime au navire Aquarius, et donc de lui permettre de naviguer sous pavillon suisse. Il estime qu’en l’absence d’une « solution européenne viable […], qui respecte les règles de secours en mer et garantisse des ports de débarquement sûrs ainsi qu’un mécanisme de répartition des personnes débarquées, […] les actions isolées risquent de compromettre la nécessaire coopération entre les Etats, au lieu de l’encourager. »

SOS MEDITERRANEE Suisse déplore l’incohérence de la réponse. « On ne peut pas laisser les gens mourir en mer parce qu’on ne sait pas encore où ils vont être débarqués. Il est vrai qu’une solution européenne coordonnée de sauvetage, de débarquement en lieu sûr et de répartition doit absolument être trouvée, ce que nous appelons de nos vœux depuis 2015. Cependant, l’urgence de sauver des vies nécessite également une réponse humanitaire à court terme : il est crucial que SOS MEDITERRANEE puisse repartir en mer au plus vite », déclare Caroline Abu Sa’Da, directrice de SOS MEDITERRANEE Suisse. « Le droit international, et en particulier l’obligation de porter assistance à personne en danger et d’accompagner les rescapés vers un lieu sûr, est aujourd’hui bafoué par les Etats à qui incombe le devoir de le faire respecter. Dans ce contexte, la Suisse aurait pu et dû faire valoir sa tradition humanitaire et envoyer un signal fort aux gouvernements européens : le sauvetage en mer n’est pas un crime et doit rester une obligation légale et morale. Malheureusement, des considérations politiques ont à nouveau été placées au-dessus de vies humaines. » Des éléments plus qu’inquiétants alors qu’en septembre, une personne sur cinq disparaissait ou perdait la vie en tentant la traversée de la Méditerranée centrale depuis la Libye.

Cette décision ne signifie cependant pas la fin des opérations de sauvetage de SOS MEDITERRANEE. « Nos équipes continuent à tout mettre en œuvre pour pouvoir reprendre la mer au plus vite et continuer à y sauver des vies. Il est donc plus que jamais capital que les citoyens, en Suisse et au-delà, continuent à se mobiliser pour que prévalent l’humanité et la solidarité », souligne Julie Melichar, chargée de mobilisation citoyenne et communication. Une mobilisation citoyenne sans précédent avait suivi les interpellations des quatre conseillers nationaux: plus de 35’000 signataires d’une pétition, des personnalités publiques, des ONGs, des centaines d’artistes, des professeurs de droits, des élus des villes de Genève, de Lausanne, de Zürich, des cantons du Jura et de Bâle-Ville avaient tous demandé au Conseil fédéral d’octroyer un pavillon suisse à l’Aquarius.

Aujourd’hui, SOS MEDITERRANEE exhorte à nouveau tous les Etats en Europe à prendre toutes les mesures nécessaires pour permettre à l’association de reprendre sa mission vitale de sauvetage au plus vite, à respecter l’obligation de porter assistance aux personnes en détresse en mer, à dénoncer les manœuvres visant à criminaliser les sauveteurs et travailleurs humanitaires, et à assumer leurs responsabilités en établissant un modèle de sauvetage européen en Méditerranée, incluant un mécanisme prévisible et pérenne de débarquement des rescapés dans un port sûr.

Photo : Guglielmo Mangiapane / SOS MEDITERRANEE