Journal de bord

#108 [REGARDS SUR LA MÉDITERRANEE CENTRALE #12] Près de 450 personnes secourues en mer alors que deux terribles naufrages font 60 morts 

 Cette publication de SOS MEDITERRANEE a pour but de faire le point sur les évènements qui se sont déroulés en Méditerranée centrale au cours des deux dernières semaines. Il ne s’agit pas de livrer une revue exhaustive des faits, mais plutôt de fournir des informations sur l’actualité de la recherche et du sauvetage dans la zone où nous opérons depuis 2016, sur la base de rapports publiés par différentes ONG et organisations internationales ainsi que par la presse internationale. 

Quatre opérations de sauvetage effectuées par des navires humanitaires et commerciaux au large de la Libye 

Le 25 janvier, l’Asso Trenta, un bateau de ravitaillement offshore, a débarqué 75 personnes à Lampedusa après les avoir sauvées de leur embarcation en détresse près d’une plateforme pétrolière au large de la Libye, dans la zone d’opération du navire, comme le rapporte Mediterraneo Cronaca 

Entre le 25 et le 26 janvier, l’Ocean Viking, seul navire civil de sauvetage présent en mer au cours des deux dernières semaines, a débarqué à Augusta, en Sicile, 373 personnes rescapées qui ont été, comme l’équipage, testées négatives au Covid-19 par les autorités italiennes. « Après des semaines de mauvais temps, les conditions au large des côtes libyennes se sont améliorées en début de semaine, entraînant de nombreux départs de personnes qui tentaient de fuir par la Méditerranée centrale sur des embarcations surchargées et impropres à la navigation« , a déclaré Luisa Albera, coordinatrice de la recherche et du sauvetage à bord de l’Ocean Viking, dans un communiqué de presse.   

Au cours de sa première mission après cinq mois de détention, l’Ocean Viking a secouru 374 personnes à bord de quatre embarcations en détresse en moins de 48 heures entre le 21 et le 22 janvier. Trois opérations de sauvetage ont été menées de jour et de nuit. Au cours du dernier sauvetage, plusieurs personnes sont passées par-dessus bord avant d’être secourues par l’équipe de sauvetage. Parmi les personnes rescapées se trouvaient 165 mineurs et 48 femmes, dont 4 femmes enceintes. L’une d’entre elles a dû être  évacuée médicalement  le 23 janvier, en raison d’une grossesse à haut risque qui nécessitait une prise en charge médicale d’urgence à terre.  

Deux naufrages mortels signalés et 452 personnes ramenées de force en Libye 

Des naufrages et des interceptions par les garde-côtes libyens ont aussi été rapportés alors que l’équipe de l’Ocean Viking était engagée dans d’intenses opérations de recherche et de sauvetage. Le 19 janvier, 43 personnes auraient pér dans un naufrage au large des côtes libyennes, après avoir quitté Zawiya dans la matinée. Dix personnes rescapées de ce naufrage, ramenées en Libye par les garde-côtes libyens, ont rapporté ces événements à l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) et à l’équipe du Comité international de sauvetage (IRC) présentes au point de débarquement. « L’embarcation, partie (…) de la ville de Zawiya, aurait chaviré à cause de mauvaises conditions en mer quand le moteur s’est arrêté, quelques heures seulement après son départ« , ont indiqué l’OIM  et l’IRC, partenaires de l’UNHCR sur le terrain. Dans leur déclaration conjointe, les organisations des Nations Unies ont renouvelé leur appel à une reprise des opérations européennes de recherche et de sauvetage en Méditerranée et le besoin d’une solidarité de l’Europe envers les Etats côtiers : « Ces pertes de vies soulignent une fois de plus la nécessité de reprendre les opérations de recherche et de sauvetage dirigées par les Etats, un vide que les navires humanitaires et commerciaux tentent de combler malgré leurs ressources limitées« , ont déclaré l’UNHCR et l’OIM, appelant à « un changement urgent et mesurable dans l’approche de la situation en Méditerranée« , incluant « la fin des retours forcés vers des ports non-sûrs, la mise en place d’un mécanisme de débarquement sûr et prévisible, suivi d’une manifestation tangible de solidarité de la part des Etats européens envers les pays qui reçoivent un très grand nombre d’arrivées« . 

Deux jours plus tard, un naufrage a provoqué la mort de 17 personnes, comme l’a rapporté  l’OIM après avoir recueilli le témoignage de personnes rescapées, alors que 82 d’entre elles ont été ramenées de force en Libye par les garde-côtes libyens.  

Entre le 19 et le 25 janvier, 452 personnes au total ont été interceptées et ramenées de force en Libye par les garde-côtes libyens, selon l’OIM. L’avion Colibri de Pilotes Volontaires et l’avion Moonbird de Sea-Watch ont été témoins de cette interception le 20 janvier. Le Moonbird a ensuite été témoin de deux autres interceptions, le 21 janvier  et le 22 janvier. 

Entre le 26 janvier et le 1er février, huit corps ont été retrouvés sur les côtes libyennes, selon l’OIMDepuis le début de l’année, 87 personnes ont été reportéemortes ou disparues  en Méditerranée centrale, selon le Projet « Migrants disparus » de l’OIM, alors que le nombre d’arrivées autonomes en Italie a fortement baissé depuis le début de l’hiver. Entre le 26 et le 31 janvier, 167 personnes sont arrivées en Italie par la mer, selon l’UNHCR. Parmi elles, 84 personnes, dont 37 femmes et 18 mineurs, étaient parties de Sfax, en Tunisie, selon Mediterraneo Cronaca 

Mise à jour sur les procédures judiciaires en cours concernant la recherche et le sauvetage  

Dans une décision publiée le 27 janvier, le Comité des droits humains des Nations-Unies établit que l’Italie a échoué à protéger le droit à la vie de plus de 200 personnes se trouvant à bord d’un bateau qui a coulé en Méditerranée en 2013. « L’Italie n’a pas su répondre promptement à plusieurs appels de détresse venant du bateau qui sombrait () L’Etat partie n’a également pas pu expliquer le retard mis à dépêcher son navire militaire, l’ITS Libra, qui se trouvait à seulement une heure environ des lieux« , indique l’OHCHR dans un communiqué de presse.

L’audience concernant la demande de Sea-Watch d’une mesure provisoire de libération de ses navires a été repoussée au 23 février, « dans l’attente de la décision de la Cour européenne de justice », selon Sea-Watch. Fin décembre 2020, le Tribunal administratif régional de Palerme avait ordonné le renvoi devant la Cour de justice de l’Union Européenne des recours formés par Sea-Watch contre les détentions administratives de Sea-Watch 3 et Sea-Watch 4 depuis septembre 2020.