Journal de bord

#35 [ARTICLE] Vers plus d’humanité en Méditerranée centrale ?

L’actualité de ces dernières semaines a été marquée par une succession d’opérations de sauvetage réalisées par l’Ocean Viking et la réouverture des ports italiens pour débarquer les rescapé.e.s en lieu sûr. Avec le retour de l’Italie à la table des négociations, il est à espérer que l’Europe amorce enfin une nouvelle ère dans les opérations de recherche et de sauvetage en Méditerranée centrale.

La réouverture des ports en Italie, un tournant positif

La nouvelle est tombée le dimanche 22 septembre dans la soirée : pour la deuxième fois en une semaine, les autorités italiennes ont décidé d’ouvrir un port aux personnes secourues par l’Ocean Viking. Les 182 rescapé.e.s, parmi lesquels des femmes enceintes et de très jeunes enfants, ont ainsi pu être débarqué.e.s le mardi 24 septembre dans le port de Messine en Italie.

La veille, la France, l’Italie, l’Allemagne et Malte annonçaient, à l’issue d’un mini-sommet tenu à la Valette, avoir trouvé une « base d’accord » en vue de la création d’un mécanisme de répartition automatique des personnes secourues par les navires humanitaires en Méditerranée centrale. Ce texte doit encore être soumis à l’approbation des 24 autres Etats membres de l’Union européenne, lors d’un Conseil européen des « Affaires intérieures » qui se tiendra le 8 octobre au Luxembourg où la Suisse sera également représentée.

La Suisse à un rôle à jouer 

Le 17 septembre, une motion intitulée « Urgence humanitaire en Méditerranée. Pour que la Suisse soit solidaire du mécanisme coordonné de répartition post-débarquements » a été déposée au Parlement fédéral par six membres du Conseil national : Lisa Mazzone (Verts/GE), Carlo Sommaruga (PS/GE), Guillaume Barazzone (PDC/GE), Beat Flach (Vert’libéraux/AG), Rosmarie Quadranti (PBD/ZH) et Kurt Fluri (PLR/SO).  Cette motion demande à la Suisse d’accueillir 2% des personnes rescapées en Méditerranée et de participer ainsi au mécanisme d’attribution automatique souhaité par plusieurs Etats européens. Pour les motionnaires, la Suisse porte une responsabilité particulière face aux drames en Méditerranée par sa tradition humanitaire.

En mer, les opérations de sauvetage se succèdent et se multiplient

Ces diverses négociations doivent absolument aboutir à la mise en place d’un mécanisme de débarquement prévisible, coordonné et pérenne et ainsi mettre fin au système du « cas par cas » et à l’attente interminable pour les rescapé.e.s à bord des navires qui ont effectué des opérations de sauvetage.

Cela est d’autant plus crucial que la situation en Méditerranée centrale ne cesse de se dégrader : l’Ocean Viking a été quasiment le seul sur la zone de recherche et de sauvetage ces dernières semaines. En outre, les rares navires humanitaires sont obligés d’opérer en dépit du manque de coordination et de partage d’information des garde-côtes libyens d’une part, et malgré le manque de collaboration de la mission européenne d’autre part. Une absence de coordination internationale qui rend de plus en plus complexe l’action des navires de sauvetage humanitaire.

Pourtant, les opérations de sauvetage se succèdent et se multiplient en mer. Pour sa deuxième mission en Méditerranée, l’Ocean Viking avait quitté le port de Marseille le 2 septembre 2019. Le dimanche 8 septembre il portait secours à 50 personnes lors d’une première opération de sauvetage. Deux jours plus tard, dans des conditions météo difficiles, l’Ocean Viking devait procéder au transbordement de 34 personnes précédemment secourues par le voilier Josefa, affrété par l’organisation ResQship. Parmi les rescapés se trouvaient une femme enceinte et un enfant d’un an.

Le lendemain, l’Ocean Viking contactait les autorités italiennes et maltaises pour demander l’évacuation médicale d’une femme enceinte de neuf mois, secourue au cours de la dernière opération et dont la situation médicale mettait en danger ses jours et ceux du bébé. Dans l’après-midi, cette femme et son mari furent évacués vers Malte par hélicoptère.

Les 82 rescapé.e.s resté.e.s à bord de l’Ocean Viking purent finalement être débarqué.e.s à Lampedusa via une opération de transbordement vers des vedettes des garde-côtes italiens quatre jours plus tard.

La semaine suivante, l’Ocean Viking effectuait quatre opérations de sauvetage en seulement trois jours, portant à 217 le nombre de rescapé.e.s présents à son bord. 35 d’entre elles/eux, qui avaient été sauvé.e.s dans la zone de recherche et de sauvetage maltaise, furent transféré.e.s sur un navire militaire maltais le 20 septembre. Quant aux 182 rescapé.e.s restants, ils furent débarqué.e.s en lieu sûr mardi 24 septembre, à Messine, en Italie.

Depuis le début de sa mission, l’Ocean Viking a déjà secouru 656 personnes. Au total, depuis sa création, SOS MEDITERRANEE a porté secours à 30 179 personnes. Derrière ces chiffres, ce sont des femmes, des enfants, des mineurs non accompagnés, des hommes et leur histoire.

Le lendemain de son évacuation de l’Ocean Viking par hélicoptère, une jeune femme a donné la vie à un petit « Good Luck ». Ange, un nouveau-né camerounais d’à peine quelques jours à son arrivée à bord, a vécu ses premiers moments de répit en famille avec sa mère et ses frères à bord de l’Ocean Viking, en pleine mer…

Face à cette situation tragique en Méditerranée centrale, nous, marins-sauveteurs et citoyen.ne.s, refusons de baisser les bras. Nous continuerons de tendre la main tant que des personnes risqueront de perdre la vie en mer. Il est urgent que les Etats européens agissent également, pour plus de solidarité et d’humanité en Méditerranée centrale.

Crédit photo : Hannah Wallace Bowman / MSF

#TogetherForRescue