Journal de bord

#71 [RECAP] Evènements opérationnels en mer 25 juin – 7 juillet 2020

Les 180 rescapé.e.s qui se trouvaient à bord de l’Ocean Viking ont enfin pu débarquer la nuit dernière à Porto Empedocle, en Sicile, après 11 jours d’une attente inutile qui a mis des vies en danger. Ils se trouvent désormais en quarantaine à bord du Moby Zazà, un ferry affrété par les autorités italiennes. Retour sur ces événements et sur 11 jours d’attente insupportable.

25 juin :

11h00 : l’Ocean Viking a repéré une embarcation en bois surchargée à la dérive à environ 4 milles nautiques, dans la région de recherche et sauvetage de Malte.

L’Ocean Viking a informé les MRCC maltais et italiens.

L’équipe SAR se prépare à lancer le RHIBS.

13h35 : Les équipes de SOS MEDITERRANEE ont porté secours à 51 personnes dont une femme enceinte, à la dérive sur une embarcation en bois en détresse entre les région de recherche et sauvetage maltaises et italiennes.

Le sauvetage a commencé dans la région de recherche et sauvetage maltaise et s’est terminé entre les régions de recherche et sauvetage italienne et maltaise. Les autorités maltaises et italiennes ont été contactées à toutes les étapes de l’opération par téléphone et par courrier électronique, en vain.

17h40 : l’Ocean Viking a repéré une autre cible, dans la région de recherche et sauvetage maltaise, avec environ 60 personnes à bord. Des RHIB sont mis à l’eau.

19h49 : Le sauvetage est maintenant terminé. 67 personnes ont été mises en sécurité à 40 milles nautiques au sud de Lampedusa dans la région maltaise de recherche et de sauvetage (SRR).

26 juin :

10h32 : L’Ocean Viking vient de demander un lieu sûr de débarquement pour tou.te.s les survivant.e.s à bord, par e-mail envoyé aux autorités maritimes italiennes et maltaises.

11h30 : L’Ocean Viking a reçu une alerte de détresse de la part de Alarm Phone vers 11h30 nous informant d’un cas de détresse au nord-est de Misrata : une embarcation pneumatique noire, apparemment à la dérive, avec environ 95 personnes à bord, dont 20 femmes et 8 enfants.

L’Ocean Viking, et le Mare Jonio, ont changé de cap vers la position de détresse.

L’Ocean Viking se trouve actuellement à environ 130 NM (environ 11 heures). Le Mare Jonio se trouve à environ 10 heures de la position connue.

27 juin :

13h41 : Après 12 heures de recherche de l’Ocean Viking, en compagnie du Mare Jonio, pour retrouver un canot pneumatique noir à la dérive signalé en détresse au nord de Mistrata, ce sont finalement les garde-côtes libyens qui ont intercepté l’embarcation avec 93 personnes à bord. L’Ocean Viking était à environ 1h30 de la position de détresse connue, le Mare Jonio était à environ 30 minutes et a vu l’interception sur leur radar.

Pendant nos recherches, l’Ocean Viking a tenté de contacter les autorités maritimes libyennes à plusieurs reprises, en vain.

La passerelle a ensuite contacté le MRCC italien, qui a envoyé un appel de détresse à tous les navires concernant ce cas, mais n’a cessé de nous renvoyer aux garde-côtes libyens pour coordination.

Tou.te.s les survivant.e.s ont été ramenés à Al-Khums puis libérés, selon l’OIM. Selon les témoignages de survivant.e.s recueillis par Alarm Phone et l’OIM Libye, 6 personnes seraient mortes et une femme aurait accouché sur le canot.

Nous nous dirigeons maintenant lentement vers le nord, vers une position d’attente entre Linosa et Malte.

13h41 : l’Ocean Viking n’a reçu aucune réponse à ses demandes de lieu sûr de débarquement envoyées aux MRCC italiens et maltais il y a plus de 24 heures. Une nouvelle demande vient d’être envoyée.

28 juin :

L’Ocean Viking atteint une position de standby entre Linosa et Malte.

29 juin :

En l’absence de réponse à nos deux précédentes demandes d’attribution d’un lieu sûr adressées aux MRCC italien et maltais, l’Ocean Viking a envoyé une troisième demande en fin de matinée aujourd’hui. Nous n’avons toujours pas reçu d’accusé de réception de nos courriels.

Sur le pont, la tension est montée ce matin. Deux survivants ont menacé de sauter par-dessus bord et une bagarre a éclaté entre deux groupes. Le calme est revenu peu après. La situation est maintenant sous contrôle.

23h00 : Un homme a été évacué de l’Ocean Viking pour des raisons médicales. Il a été transféré à bord d’un navire des garde-côtes italiens, dans les eaux internationales au large de Lampedusa. Malgré le fait qu’il ait été soigné et suivi de près à bord de notre navire, son état s’était détérioré. Il ne s’agit pas d’un cas de Covid 19.

30 juin :

18h10 : 47 personnes ont été secourues d’une embarcation en bois à la dérive dans la région de recherche et sauvetage maltaise. Selon les premiers témoignages, elles avaient passé 4 à 5 jours en mer depuis leur départ de Libye. Malgré nos tentatives pour contacter le MRCC-Malte à toutes les étapes, nous avons effectué le sauvetage sans aucune coordination.

23h56 : 16 personnes, dont une femme et cinq mineurs, ont été secourues d’une embarcation en fibre de verre, sous la coordination du MRCC-Malta cette fois. Ils nous ont dit qu’ils avaient passé environ 3 jours en mer avant de quitter Zarzis, en Tunisie.

Une 4e demande d’attribution d’un lieu sûr de débarquement a par la suite été effectuée.

1er juillet :

L’Ocean Viking est de retour à sa position de standby entre Linosa et Malte en attente d’attribution d’un lieu sûr. Une 5e demande d’attribution d’un lieu sûr a été de nouveau dirigée aux autorités italiennes et maltaises.

2 juillet :

La situation se complique à bord de l’Ocean Viking : deux rescapé.e.s se sont jetées par-dessus bord, pour tenter de rejoindre les rives européennes à la nage, avant d’être à nouveau secourus. C’est la première fois en quatre ans et demi qu’il se passe une telle chose. La raison de ce geste désespéré ? « Je préfère mourir et que ma famille sache que je suis mort, plutôt que d’être là et qu’elle ne sache pas si je suis mort ou vivant », explique, en déchirant son T-shirt noir, un Marocain, troisième personne à avoir tenté de se jeter à l’eau. Voici une vidéo rendant compte de la situation désespérée à bord de l’Ocean Viking. 5 des rescapé.e.s à bord de l’Ocean Viking ont fait part d’intentions suicidaires. Ils.elles montrent des signes d’agitation, de dépression et d’extrême fatigue mentale suite à leur calvaire passé en Libye et plusieurs jours à la dérive en pleine mer.

Les 180 personnes secourues la semaine dernière ont été confrontées à une expérience de mort imminente et la plupart d’entre elles ont risqué leur vie en mer, sur des embarcations en bois surchargées et innavigables, pour fuir la violence et les abus dans une Libye déchirée par la guerre. Il est intolérable d’ajouter de la souffrance à des personnes aussi vulnérables.

lIRE NOTRE COMMUNIQUE DE PRESSE SUR LA SITUATION ICI

3 juillet :

La situation à bord de l’Ocean Viking est désormais extrêmement urgente. De nombreux.ses survivant.e.s sont dans une détresse mentale aiguë, exprimant l’intention de s’infliger des sévices. Un autre homme a tenté de se suicider aujourd’hui. La sécurité des survivant.e.s et des équipes est menacée. Nous avons besoin d’un lieu sûr de toute urgence.

L’Ocean Viking se trouve actuellement dans les eaux internationales au sud de la Sicile, à la recherche d’un abri car la météo commence à se dégrader et continuera à se dégrader dans les prochaines heures. Cela limite notre capacité à sauver des vies humaines si d’autres personnes sautent par-dessus bord, un risque qui augmente lorsque les survivants à bord ont la terre en vue, ce qui ne sera peut-être pas évitable lorsque nous aurons atteint une position abritée.

Deux personnes ont entamé une grève de la faim ce matin. Depuis quelques jours, il y a eu de multiples bagarres, des tentatives de suicide et des tentatives de se jeter par-dessus bord.

12h33 : L’Ocean Viking a envoyé une demande aux autorités maritimes italiennes et maltaises pour l’évacuation médicale immédiate de 44 survivant.e.s qui sont dans un état de détresse mentale aiguë, menaçant de se faire du mal ainsi qu’aux personnes de leur entourage et exprimant des idées suicidaires.

15h25 : Après sept requêtes pour la désignation d’un lieu sûr auprès des autorités maritimes compétentes cette semaine et six tentatives de suicide par des rescapés en 24 heures, l’Ocean Viking a été déclaré en état d’urgence, la situation à bord s’étant détériorée au point que la sécurité des 180 rescapés et de l’équipage ne peut plus être garantie. 

lire notre communique de presse ici

21h00 :

4 juillet : 

L’Ocean Viking est toujours en attente dans les eaux internationales au large de la Sicile. 

A 2h30 du matin, les autorités maritimes italiennes nous ont informés qu’elles enverraient une équipe médicale pour venir évaluer la situation à bord de l’Ocean Viking. 

Les gardes-côtes italiens et l’Ocean Viking se sont mis d’accord sur le fait qu’il serait plus sûr pour tout le monde d’organiser cette visite médicale le matin plutôt qu’au milieu de la nuit, alors que les gens dorment sur le pont, dans l’obscurité, afin d’éviter les mouvements de panique et les tentatives des survivants de sauter par-dessus bord. 

La nuit dernière, la situation était assez calme, car les gens dormaient, mais elle est à nouveau plus tendue ce matin. 

12h45 : Une équipe médicale italienne (un médecin et un médiateur culturel) vient d’arriver sur l’Ocean Viking dans les eaux internationales au large de l’Italie. Ils commenceront bientôt leur évaluation en coopération avec l’équipe médicale.

14h40: L’équipe médicale italienne vient de quitter l’Ocean Viking.

? UPDATE
L’équipe médicale italienne a quitté l’#OceanViking après s’être entretenue avec les rescapés à bord. Toujours en état d’urgence, l’Ocean Viking attend urgemment les instructions de la part des autorités maritimes compétentes pour le débarquement des 180 rescapés. pic.twitter.com/5w5u8pHHk7

— SOS MEDITERRANEE Switzerland (@SOSMedSuisse) July 4, 2020

LIRE NOTRE DECLARATION : « Faut-il attendre que quelqu’un meure pour être autorisé à débarquer? »

21h30 : Nous avons reçu des autorités maritimes italiennes l’information que des tests COVID-19 seraient effectués demain matin à bord. Les 180 survivant.e.s passeront encore une autre nuit à dormir sur le pont du navire.

5 juillet :

Ce matin, une équipe médicale envoyée par les autorités maritimes italiennes, composée de 8 personnes, est venue à bord de l’Ocean Viking pour tester tou.te.s les survivant.e.s pour le COVID-19.

Le médecin italien qui est venu à bord de l’OceanViking hier, suite à la déclaration de l’état d’urgence par l’Ocean Viking, a confirmé notre évaluation dans son rapport officiel aux autorités maritimes italiennes. Il a notamment indiqué qu’il a « pu constater un énorme inconfort psychologique sur le navire, au point de considérer la situation comme presque incontrôlable, pour les invités et l’équipage ».

15h00: LOcean Viking a enfin reçu l’instruction de se rendre à Porto Empedocle, en Sicile. Les 180 rescapé.e.s devraient pouvoir débarquer au port demain après 11 jours d’attente.

6 juillet :

18h00: Après une journée à attendre des nouvelles, l’Ocean Viking a reçu l’instruction du capitaine du port de Porto Empedocle de se préparer à se rendre au port  (~19:00 HAEC).


23h40 : Le débarquement des 180 rescapé.e.s commence enfin.

Le débarquement a finalement été achevé vers 03h15. Les 180 rescapé.e.s ont été transféré.e.s à bord du Moby Zaza.

Le retard inutile de ce débarquement a mis des vies en danger. Au cours des derniers jours, l’Union européenne a gardé le silence : aucune initiative visant à relancer l’accord de Malte pour la relocalisation des rescapés n’a été annoncée. Il n’y a eu aucun signe de solidarité avec les États côtiers de la part des autres États membres. Une fois de plus, l’Union Européenne ne s’est pas montrée à la hauteur de la situation dramatique en Méditerranée et des valeurs d’humanité et de solidarité qui l’ont fondée. Depuis plusieurs années, nous demandons un système de débarquement coordonné, solidaire et pérenne en Méditerranée, car c’est précisément ce type de système qui aurait évité la séquence dramatique que nous venons de traverser.