« Chaque matin, ils nous battaient. Regardez mes bras, mes cicatrices. », Sabtou*, rescapé à bord de l’Ocean Viking

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[AVERTISSEMENT] Cet article décrit des actes de torture.

Sabtou* a 15 ans, il est originaire de Somalie. Dans la nuit du 4 au 5 juillet 2021, il est secouru par les équipes de l’Ocean Viking alors qu’il est à bord d’une grande embarcation en bois en détresse, avec 368 autres personnes fuyant la Libye.

« J’ai quitté la Somalie seul, à l’âge de 12 ans, parce qu’il y a tout simplement trop de problèmes dans mon pays. Il n’y a pas d’écoles, pas d’hôpitaux. Ma famille n’avait pas les moyens de survivre. »

Sabtou a d’abord traversé le Soudan avant de se rendre en Libye. A peine arrivé dans ce pays, il est kidnappé. Il est retenu un an et cinq mois dans un centre de détention, avec pour seule nourriture des pâtes sèches, une fois par jour. « Nous deviens payer 15 000 dollars américains pour être libéré.e.s. Ils nous donnaient de l’eau salée à boire. Chaque matin, ils nous battaient. Regardez mes bras, mes cicatrices. Ils utilisaient du plastique fondu et des barres en métal chauffées. » Pendant qu’il est torturé, les gardes appellent la mère de Sabtou pour obtenir une rançon. Quand elle a donné tout ce qu’elle avait en sa possession, Sabtou est transféré dans un autre centre de détention.

« Ils nous traitaient comme des animaux ».

Après avoir passé huit mois dans ce centre de détention, Sabtou parvient à s’échapper pour Tripoli. Pendant tout ce temps, il ne peut joindre sa mère ni sa famille. À Tripoli, sa mère réussit à envoyer de l’argent pour sa traversée. La première fois, il doit payer 1 500 dollars américains, mais il est intercepté par « des milices ou des garde-côtes libyens, je ne sais pas la différence. Ils m’ont remis en prison ». Ils demandent une nouvelle fois une rançon à la mère de Sabtou, mais elle n’a plus rien : « vous pouvez tuer mon fils maintenant, je ne peux rien faire, je suis perdue ». À ce moment-là, les gardiens comprennent qu’il n’y a plus rien à extorquer à Sabtou, et le libèrent.

Pour cette seconde traversée, il doit payer 800 dollars américains pour monter à bord d’une grande emarcation en bois. Nous étions dans la cale de l’embarcation, nous sommes resté.e.s plus d’un jour sans nourriture ni eau. Il faisait incroyablement chaud, nous n’avions pas d’air. Nous étions asphyxié.e.s à cause du carburant. Si nous étions resté.e.s quelques heures de plus, nous serions mort.e.s. J’ai beaucoup souffert ces trois dernières années, beaucoup trop. Mon rêve maintenant est de trouver un travail pour envoyer de l’argent à ma mère afin qu’elle puisse vivre dignement. Je veux aussi que tout le monde sache ce qu’il se passe en Libye.

Sabtou n’a que 12 ans lorsqu’il arrive en Libye. Ce n’est qu’un enfant qui a déjà connu l’enfer.

*Pour protéger l’identité du rescapé, le prénom a été modifié.

Photo : Flavio Gasperini / SOS MEDITERRANEE

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