« Quand tu cries, on te fouette même avec ton bébé qui pleure. » Rita, rescapée secourue par l’Ocean Viking

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Lorsque l’Ocean Viking est arrivé au port d’Augusta, en Sicile, pour débarquer 373 personnes rescapées en janvier 2021, des membres des forces de l’ordre, des fonctionnaires des autorités sanitaires italiennes et des membres du personnel de la Croix-Rouge attendaient sur le quai pour les accueillir. Alors que cette scène aurait pu être intimidante pour beaucoup, Rita*, 25 ans, originaire du Cameroun, a été émue aux larmes : « Tous ces gens sont venus juste pour nous », a-t-elle dit, en serrant sa sœur dans ses bras. La veille, elle avait partagé avec des membres de l’équipe les difficultés qu’elle a rencontrées après avoir été forcée de quitter son pays d’origine.

 

Témoignage recueilli par Julia, chargée de communication à bord de l’Ocean Viking, en janvier 2021.

 

On a été violenté par des bandits, les bandits qui voulaient toujours abuser de nous.

« J’ai dû quitter le Cameroun pour des raisons familiales et à cause de la pauvreté qui accable notre pays. Quand nous avons décidé de partir on ne savait pas par où commencer. Mais les gens nous ont guidés jusqu’au désert du Niger.

 

Depuis ce pays, on a fait dix jours de traversée du désert. Le huitième jour, l’eau était déjà finie. Et là on a été violenté par des bandits, les bandits qui voulaient toujours abuser de nous. Ils nous tapaient avec des bâtons. Et de temps en temps, il y avait un groupe de femmes et des hommes, mais on nous séparait, les filles et les garçons, pour chercher les filles. Si tu ne voulais pas partir avec eux, on se mettait à te fouetter.

 

Quand on entre dans la voiture [dans le désert], si tu as un enfant, tu es obligé de le soulever, sinon il peut être étouffé dans la voiture. On nous chargeait comme de la marchandise. On s’en moque de qui crie et qui ne crie pas. Quand tu cries, on te fouette même avec ton bébé qui pleure. Si tu as un téléphone ou de l’argent, on te vole tout. On te laisse sans un sou. Ça a été vraiment difficile. Très difficile.

 

Quand on a quitté notre pays, on n’avait pas suffisamment d’argent. On est monté jusqu’à Oran, en Algérie (à plus de 4 600 km du Cameroun à travers le désert du Sahara. nldr). À Oran on a travaillé chez une dame. Elle non plus ne nous payait pas. Il y a des circuits que les Camerounais et d’autres pays font, on vend des habits, du jus, à manger, c’est comme ça qu’on travaille. Et c’est cet argent-là qui nous a aidé à continuer notre voyage en Libye (à plus de 1 600 km .ndlr).

 

Puis j’ai passé un mois en Libye. Un mois dans ce pays c’est comme une éternité.

Puis j’ai passé un mois en Libye. Un mois dans ce pays c’est comme une éternité. C’était l’enfer. On était dans un sous-sol. On ne pouvait pas sortir. On était nombreux, on ne comptait pas. Et il y avait des enfants. Et quand un homme le décidait, il prenait une fille, il faisait de toi ce qu’il voulait.

 

Pour qu’on monte sur le bateau, on nous chicotait [on nous frappait]. Ils ont des armes aussi. Une femme était enceinte, ils l’on fouettée jusqu’à ce qu’elle perde son bébé. Et moi, mon enfant s’est échappé quand on nous fouettait là. J’ai été séparée de mon fils, il a eu peur, il s’est échappé et on ne m’a pas laissé suivre mon enfant. J’espère qu’il est avec ma sœur au Libye. »

 


Afin de préserver son identité, le nom et la photo de à la personne qui livre son témoignage ont été modifiés
Crédit photo : Yann Levy / SOS MEDITERRANEE

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