Une 6e naissance dans un contexte houleux

Il était 15h45, en ce samedi après-midi du 25 mai, lorsqu’il a poussé son premier cri dans la clinique de l’Aquarius. Sa maman, presque incrédule d’avoir survécu aux sévices subis durant une année en Libye et à la traversée en mer, a lâché dans un souffle : « Miracle ». Ce sera le nom que portera ce magnifique garçon de 2,8 kg.

La jeune maman, malgré son état d’épuisement, est aussitôt sortie sur le pont et a présenté Miracle à ses compagnons de voyage… Une joie immense a alors envahi l’assistance, les chants des femmes se sont élevés comme une libération, comme un cri au ciel pour lui avoir donné la vie, et avoir conservé la leur. Rare moment de pur bonheur à bord.

Si cet enfant et sa mère sont vivants, cela relève en effet presque du miracle. Détenue pendant plus d’un an en Libye avec son compagnon, la jeune femme y a été torturée, brisée, affamée, rançonnée, mais a finalement réussi à s’enfuir. Elle a pris la mer une première fois le mercredi mais le moteur du bateau pneumatique a cessé de fonctionner peu après avoir quitté la plage et tous les occupants ont été ramenés à terre. Les passeurs les ont alors obligés à se cacher en attendant leur retour. Elle est restée terrée là pendant 24 heures, terrifiée, sans eau ni nourriture.  Les passeurs sont revenus un jour plus tard, les poussant de nouveau dans cette mer de ténèbres, pour une traversée tout aussi effrayante.

Jeudi matin, le canot  pneumatique surchargé est repéré, puis secouru par le navire de la marine italienne San Giorgio. A la nuit tombée, les 69 rescapés, dont 4 femmes enceintes, sont finalement transbordés vers l’Aquarius, où ils sont pris en charge par les sauveteurs de SOS MEDITERRANEE et le personnel médical de Médecins Sans Frontières.

L’Aquarius contraint et forcé d’arrêter les recherches

Le lendemain, le temps est au beau fixe. Conditions météorologiques favorables pour des départs de Libye à bord d’embarcations de fortune. Le coordinateur des sauvetages arrive sur la passerelle, sa mine est grave. Ailleurs dans l’immensité, les marins-sauveteurs savent qu’il y a très certainement des embarcations en péril et des centaines de personnes qui ont besoin d’aide. Au cours de la matinée, les signalements du Centre de coordination des sauvetage se succèdent, les unités de secours présentes sur la zone sont débordées. Entre jeudi et vendredi 1500 personnes sont secourues en pleine mer à l’Est de Tripoli.

Mû par les valeurs de solidarité en mer, l’Aquarius offre son assistance, mais l’ordre du Centre de coordination de secours maritime à Rome est sans appel : l’Aquarius doit repartir vers les côtes avec seulement 69 passagers à son bord, alors qu’il pourrait en accueillir beaucoup plus, déchargeant ainsi les autres bateaux de sauvetage. C’est la deuxième fois que SOS MEDITERRANEE est confrontée à pareille situation en quelques semaines.

Pendant ce temps, peut-être, d’autres enfants ne verront jamais le jour. Personne n’entendra jamais la prière de leur mère, perdue dans la grande bleue. Les marins le savent. Alors la naissance de Miracle vient mettre un peu de baume au cœur des équipes. L’Aquarius débarquera finalement les 70 rescapés à Catane, en Sicile, le dimanche 27 mai au matin avant de repartir en mer. Bon vent, petit Miracle !

PHOTOS : Guglielmo Mangiapane / SOS MEDITERRANEE