L’Aquarius quitte la zone de recherche et de sauvetage avec 69 personnes à bord

L’Aquarius, le navire de secours humanitaire affrété par SOS MEDITERRANEE et opéré en partenariat avec Médecins Sans Frontières (MSF), a achevé le transfert de 69 personnes d’un navire de la marine italienne jeudi après-midi. Il fait actuellement route vers le port de Catane en Sicile, qui lui a été assigné pour débarquer les rescapés. Son départ contraint réduit l’effectif de recherche et de sauvetage en mer au moment même où chaque unité de secours disponible est absolument nécessaire.

69 personnes transférées d’un navire de la marine italienne

Jeudi matin, la position d’un canot pneumatique en détresse au large d’Abu Khamash, en Libye, était communiquée à tous les navires à proximité. Le Centre de coordination des secours maritime italien (IMRCC) demandait alors à l’Aquarius de procéder au sauvetage. Le IMRCC a ensuite envoyé un fax aux garde-côtes libyens pour s’enquérir de leurs intentions et leur signaler que l’Aquarius était en route. Ce fax est resté sans réponse. Pendant ce temps, le Moonbird, avion de reconnaissance opéré par l’ONG Sea-Watch, repérait l’embarcation et communiquait sa position exacte au navire le plus proche, le San Giusto. C’est ce navire de la marine italienne qui a donc mené le sauvetage à 14 milles marins de la côte libyenne. Puis, toujours selon les instructions du MRCC de Rome, l’Aquarius a procédé au transbordement des 69 rescapés à l’aide des canots de sauvetage de SOS MEDITERRANEE. Le transfert s’est achevé sans encombre en début d’après-midi à 13 milles nautiques des côtes de la Libye.

Compte tenu des conditions météorologiques optimales, l’Aquarius a poursuivi sa patrouille dans la zone de sauvetage à l’ouest de Tripoli, avec à son bord 69 personnes de 6 pays d’Afrique de l’Ouest, dont une majorité de Nigérians. Parmi les survivants, on compte 18 femmes dont 4 sont enceintes et 4 mineurs non accompagnés. Aucun cas médical grave n’a été signalé.

“Je n’avais aucune intention de venir en Europe”

Enfin en sécurité à bord de l’Aquarius, un homme de 28 ans, originaire du Ghana, a dépeint la détérioration des conditions de vie pour les migrants en Libye après le Printemps arabe: «J’ai quitté le Ghana il y a presque dix ans afin de m’établir en Libye. Je n’avais aucune intention de venir en Europe, je n’y avais même jamais songé. Avant la révolution, j’ai vécu une vie normale, mais après, il y avait des fusils partout – même des enfants de 5 ans avaient des fusils. J’ai été arrêté et placé en captivité, et battu tant de fois… » Après avoir été kidnappé à plusieurs reprises, il a dû se résoudre à l’évidence : il n’était plus en sécurité en Libye. Il a donc tenté de fuir par la mer pour traverser en Europe mais il a été intercepté par les garde-côtes libyens puis renvoyé dans un centre de détention. “Finalement, j’ai réussi à rassembler une petite somme afin de sortir.” Sa deuxième tentative de traversée s’est soldée par le sauvetage.

L’Aquarius sommé de quitter la zone de sauvetage alors que 1500 personnes s’entassent à bord d’autres navires

Le vendredi matin, soit le lendemain du transbordement, le MRCC italien a informé l’Aquarius qu’un autre bateau pneumatique était en perdition avec environ 130 personnes à son bord, lui ordonnant de se diriger vers cette cible à quelque 22 milles nautiques à l’est de Tripoli dans les eaux internationales. Compte tenu du fait que d’autres ONG naviguaient également dans cette zone, le MRCC a par la suite demandé à un autre vaisseau à proximité de se rendre sur les lieux. L’Aquarius était pour sa part instruit de demeurer sur zone de sauvetage. Cependant, à 10h45, le MRCC a demandé à l’Aquarius de se diriger vers le nord où un port de sécurité lui serait assigné pour le débarquement des 69 personnes à bord depuis la veille. Mais compte tenu de la forte probabilité de départs de la Libye, l’Aquarius a communiqué plusieurs fois au MRCC sa disponibilité pour poursuivre les recherches sur zone et pour prêter main forte aux autres navires en cas de sauvetage. L’Aquarius a en effet la capacité d’accueillir plusieurs centaines de personnes à bord de manière relativement confortable, mais pour l’heure seuls 69 rescapés s’y trouvaient. De plus, un navire des garde-côtes italiens de grande capacité était à proximité : l’Aquarius a donc suggéré au MRCC d’y transférer les 69 personnes pour lui permettre de rester dans la zone de recherche et de sauvetage. Mais le MRCC, arguant qu’il y avait suffisamment d’unités de secours dans le secteur – bien que les autres navires humanitaires de sauvetage étaient débordés –  lui a intimé l’ordre de quitter la zone sur le champ et de retourner en Sicile avec ses 69 rescapés.

A l’est de Tripoli, plus de 1500 personnes ont été secourues par d’autres navires jeudi et vendredi. Le départ de l’Aquarius réduit donc la capacité de recherche et de sauvetage à un moment où sa présence pourrait être cruciale pour sauver des vies.

“Chaque unité de sauvetage est indispensable”

« Au cours des deux derniers jours, plus de 1500 personnes ont tenté une traversée dangereuse pour échapper aux violences et aux extorsions multiples qu’elles ont subies en Libye. Cela montre, une fois de plus, que la présence de navires de recherche et de sauvetage bien équipés est absolument nécessaire si nous voulons éviter davantage de morts en Méditerrané », a déclaré Thomas Bischoff, président de SOS MEDITERRANEE Suisse. « Tous les moyens de sauvetage sont nécessaires, chaque unité de secours retirée de la zone signifie que les vies de personnes déjà vulnérables sont mises en danger. Nous exhortons donc les autorités européennes à donner la priorité à la protection des vies humaines, en dehors de toute considération politique. »

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CONTACT PRESSE:  Julie Melichar (Genève), +41 76 473 99 94 / j.melichar@sosmediterranee.ch

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À propos de SOS MEDITERRANEE, association européenne de sauvetage en mer Méditerranée

SOS MEDITERRANEE est une association fondée en 2015 par un groupe de citoyens européens, décidés à agir face à la tragédie des naufrages à répétition en mer Méditerranée.

L’association est apolitique avec un seul impératif : sauver des vies en mer. Grâce à une mobilisation exceptionnelle de la société civile européenne, SOS MEDITERRANEE a affrété un navire de 77 mètres, l’Aquarius, et a débuté les opérations de sauvetage fin février 2016 au large des côtes libyennes, permettant de secourir plus de 28’000 personnes.

Chaque jour en mer coûte 12.000 CHF afin de financer la location du navire, son équipage, le fuel, et l’ensemble des équipements nécessaires pour prendre soin des réfugiés. L’association lance un appel à soutien et à mobilisation auprès de tous les acteurs de la société civile: particuliers, ONG, fondations, mécènes, entreprises et pouvoirs publics, pour lui donner les moyens de poursuivre ses opérations. Plus de 90% de notre budget provient de dons privés !