Comment accompagner les personnes rescapées après un sauvetage ? Avec Haya, médiatrice culturelle
Je m’appelle Haya et je travaille à bord de l’Ocean Viking en tant que facilitatrice interculturelle pour SOS MEDITERRANEE.
Comment accompagner les personnes rescapées après un sauvetage ? Avec Haya, médiatrice culturelle
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Je m’appelle Haya et je travaille à bord de l’Ocean Viking en tant que facilitatrice interculturelle pour SOS MEDITERRANEE.
Y a-t-il eu un moment ou une raison particulière qui vous a fait comprendre que c’était le travail que vous vouliez faire, ou qui vous a donné envie de rejoindre SOS MEDITERRANEE ?
Oui, il y a beaucoup de raison pour lesquelles j’ai décidé de rejoindre SOS MEDITERRANEE. L’une d’elle est peut-être que je viens du même endroit que beaucoup de personnes rescapées, ou plutôt d’un contexte similaire, disons. J’ai moi-même vécu des situations d’incertitude dans lesquelles il était très difficiles de vivre. Je comprends donc les raisons qui les poussent à partir. Beaucoup de membres de ma famille et de mes proches ont également entrepris ce voyage. Je me suis toujours demandé comment quelqu'un pouvait traverser cela et pourquoi personne n’était là pour aider. Lorsque j’ai entendu parler de SOS MEDITERRANEE après mon arrivée en France, ma première réaction a été de vouloir postuler et rejoindre l’association. Je me suis dit que ma place était là.
Comment les personnes rescapées sont accompagnées après un sauvetage, pendant les premières heures et les premiers jours à bord ?
Tout commence lorsque l’équipe de sauvetage mène l’opération. Les personnes rescapées montent ensuite à bord par l’échelle jusqu’au pont d’accueil, où nous les attendons pour les accompagner vers le pont principal, où elles peuvent s’asseoir. Nous commençons alors l’enregistrement en recueillant quelques informations pour mieux connaître leur nationalité, leur âge, etc. Ensuite, nous leur remettons les sacs de secours. Ils contiennent des vêtements, de la nourriture et de l’eau : en bref, de quoi répondre à leurs besoins essentiels. Puis, nous les accompagnons pour qu’elles puissent prendre une douche, car la plupart ont passé de nombreux jours en mer. Leurs vêtements sont mouillés et parfois imprégnés de carburant. Après la douche, elles peuvent se reposer dans les abris.
Pendant les longs jours de transit que nous passons avec elles, nous organisons de nombreuses activités. Nous leur transmettons des informations sur leurs droits en Italie et sur la manière d’obtenir la meilleure aide possible. Une autre partie de notre travail consiste à leur apporter un soutien psychologique et social. Nous proposons des activités pour les aider à retrouver un rythme de vie quotidien plus normal. Le fait d’avoir passé de nombreux jours en mer, après avoir déjà vécu beaucoup d’épreuves, peut perturber leur rythme. Ces activités les aident à évacuer le stress et à retrouver peu à peu leur état habituel. Nous préparons aussi des repas chauds, ce qui compte énormément, nous organisons des fêtes, un salon de coiffure et de barbier, ainsi que beaucoup d’autres activités pendant les jours de transit.
En quoi le fait de pouvoir parler arabe avec certaines personnes rescapées change-t-il la qualité de la relation et de l’accompagnement proposé ?
Je pense que parler la même langue qu’une personne rescapée permet vraiment d’instaurer immédiatement un climat de confiance. Cela l’aide à se sentir rassurée, plus détendue, vue et entendue. Cela nous permet aussi de nous assurer que toutes les informations que nous devons transmettre sont bien comprises et que rien ne se perd dans la traduction. Et il ne s’agit pas seulement de la langue, mais aussi de la culture et du vécu. Cette compréhension mutuelle aide les personnes rescapées à se sentir plus à l’aise pour poser des questions, à percevoir cet espace comme un lieu plus sûr et à raconter ce qu’elles ont vécu, parce qu’elles sentent que nous comprenons. Cela change vraiment beaucoup de choses. Dès les premiers instants à bord, lorsqu’elles sont un peu désorientées et effrayées, il suffit qu’elles entendent quelqu’un parler leur langue pour voir immédiatement un peu de soulagement, parfois un sourire. Elles commencent alors à parler et à se sentir plus à l’aise.

Y a-t-il des moments, pendant les opérations de sauvetage, qui vous marquent davantage que d’autres ?
Il y a beaucoup de moments qui restent avec moi, pendant le sauvetage puis lorsque les personnes rescapées sont à bord. L’un d’eux, c’est de voir à quel point elles changent entre les premiers instants où elles arrivent à bord, épuisées et un peu effrayées, et la transformation complète qui s’opère lorsqu’elles se sentent en sécurité, plus à l’aise et rassurées. Elles recommencent à être elles-mêmes et nous apprenons à mieux les connaître. Ce sont toujours des échanges très riches et très intéressants, car nous apprenons beaucoup sur leur culture, leur parcours, les raisons pour lesquelles elles traversent et prennent ce type de décision. Cela nous enrichit réellement. Après chaque sauvetage, j’ai l’impression d’avoir appris ou reçu davantage d’elles qu’elles n’ont reçu de nous. Ces échanges sont toujours très inspirants.
Bien sûr, les moments difficiles sont ceux du débarquement, car l’incertitude remonte alors à la surface. C’est comme si la boucle se refermait. Au début, il y a la peur et l’incertitude, puis les personnes commencent à se sentir plus à l’aise, plus en sécurité et davantage elles-mêmes, et à la fin, les mêmes émotions reviennent, avec du stress et l’ignorance de ce qui va se passer ensuite. Les voir partir après avoir construit cette confiance et cette relation pendant les jours où nous avons navigué ensemble jusqu’au port sûr est toujours difficile. Ce sont des moments qui restent avec moi longtemps.
À quel moment êtes-vous la plus fière de votre travail ?
Je suis fière de ce que nous faisons avec SOS MEDITERRANEE lorsque je vois les personnes commencer à s’ouvrir, à se sentir à l’aise, à partager et à nous montrer qui elles sont vraiment, leur personnalité. C’est à ce moment-là que je sens que nous avons accompli le travail que nous sommes censés à faire. Nous leur avons sauvé la vie, mais nous leur avons aussi rendu leur dignité, un peu de leur vie et un peu de lumière. C’est ce qui me fait prendre conscience de l’importance de notre travail, apporter un peu de légèreté et restaurer un peu la foi en l’humanité. Elles ont traversé tant d’épreuves et de choses horribles qu’à certains moments elles finissent par croire que la vie ne sera jamais autre chose. Leur permettre de changer un peu de regard ou de retrouver une autre manière de se sentir est quelque chose de puissant et de profondément important.
Crédit photo : Marie Tihon / SOS MEDITERRANEE
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